La Génèse

Gabriel Desgrouas : « Le but à atteindre c’est l’accès de tout à tous » – extrait du numéro spécial technique Le Bâtiment Artisanal – octobre 2012

La marque Handibat n’est pas une qualification, ni une certification. Pour Gabriel Desgrouas, chef de file de ce dossier et administrateur de votre organisation professionnelle, c’est avant tout une aventure humaine, une histoire de rencontre qui s’est produite dans l’Eure au début des années 2000 alors qu’il accédait à la présidence de son organisation professionnelle départementale et qu’il était adjoint au maire de la ville d’Evreux (Eure).

Le Bâtiment Artisanal : Racontez-nous comment est née la marque Handibat.

Gabriel Desgrouas : Handibat est né d’un enchaînement de circonstances et de rencontres. A l’époque, au début des années 2000, alors que j’étais adjoint au maire d’Evreux et à la demande de Jacqueline DUVAL, une colistière elle-même personne handicapée secrétaire de l’APF, j’ai eu à aider la personne qui instruisait les dossiers d’aide à l’amélioration des logements des personnes victime d’un handicap du département. Non seulement il y avait peu de réponses, car à l’époque les artisans ne manquaient pas de travail, mais souvent les devis étaient incompréhensibles et très loin d’être cohérents. Il y avait de tout et à tous les prix. Constatant le peu d’attrait que les artisans avaient pour les travaux d’accessibilité, j’ai essayé de les sensibiliser à cet enjeu, mais il est vrai qu’on ne parlait pas encore beaucoup de ce sujet là.

Le B.A. : Vous vous êtes donc intéressé à cette question.

G.D. : Je savais intuitivement qu’il y avait quelque chose à faire dans ce domaine pour apporter des réponses professionnelles adaptées aux familles concernées et au département mais je ne savais pas encore comment le faire. Le déclic s’est produit en 2004. A l’époque, je rencontre Jacques Laisné, Préfet de l’Eure, et je lui fais part de mon envie de mobiliser les artisans du bâtiment autour de l’accessibilité des logements et de la chaîne de déplacement. Il s’avère que lui aussi est sensible à cette cause. Peu après, il m’informe qu’une équipe médicale de l’hôpital de La Musse planche sur le projet de création d’un appartement thérapeutique qui doit servir de transition entre l’hospitalisation et le retour à domicile… L’idée de rapprocher le monde du bâtiment du monde médical voit alors le jour.

Le B.A. : Concrètement comment cela s’est-il traduit ?

G.D. : L’hôpital de la Musse disposait de trois appartements qu’il souhaitait transformer. Alors, médecins, ergothérapeutes, infirmières, services techniques de l’hôpital, artisans du bâtiment, associations, architectes, centres d’études techniques de l’équipement, fabricants de matériaux, fournisseurs, etc., nous nous sommes tous concertés pour réaliser ce qui allait devenir l’appartement Renaissance qui, d’une part devait servir de vitrine technologique et d’école de formation pour les artisans qui participaient aux travaux et d’autre part un lieu de vie intermédiaire pour préparer le retour à domicile du patient. 

Le B.A. : C’est ainsi que sont nés les premiers artisans Handibat…

G.D. : Pas tout à fait. Cette initiative, la première du genre, a fait l’objet d’une certaine médiatisation et c’est là que Jean-Michel Julien a pris contact avec moi. Je connaissais l’homme. Je l’avais côtoyé dans le passé dans le monde sportif. J’avais le souvenir d’un rugbyman, d’un « prof » de sport mais lorsqu’il est venu me voir j’ai retrouvé un homme en fauteuil roulant suite à un accident de la circulation. Nous avons longuement parlé. Il m’a alors expliqué qu’il vivait désormais seul, non pas parce que ses proches lui avaient tourné le dos mais parce que lui ne supportait plus d’être dépendant des autres. En substance, il m’a expliqué que ses difficultés à vivre ne provenaient pas de son handicap mais de l’inadaptation de son cadre de vie, du bâti. Il m’a alors fait part de la marque qu’il avait déposée – Handibat – et m’a proposé de travailler ensemble. Nous nous sommes mis d’accord. Cela tombait d’autant mieux que les premiers artisans qui avaient travaillé sur l’appartement Renaissance recherchaient un moyen de s’identifier et valoriser leur engagement.

Le B.A. : Aujourd’hui, Handibat c’est environ 2 000 artisans formés. Comment expliquez-vous ce succès ?

G.D. : Cela tient à plusieurs raisons. La première est, je crois, que nous avons su replacer l’humain au cœur de toute la problématique liée à l’accessibilité. Par exemple les référentiels de la formation (formations fortement recommandées même si elles ne sont pas obligatoires pour devenir un artisan Handibat) ont été établis avec le concours de toutes les personnes concernées : personnes handicapées, ergothérapeutes, médecins, associations, etc.

La marque Handibat répond aussi à un besoin d’identification des artisans, comme elle répond aux besoins des familles et à ceux des professionnels qui sont chargés de l’accompagnement des personnes à mobilité réduite (associations, professionnels de santé, financeurs de travaux, bailleurs sociaux, élus locaux, représentants de l’Etat). Je tiens à préciser ici que les Commissions consultatives qui pré-instruisent les dossiers des candidats à la marque Handibat avant l’attribution par HANDIBAT DEVELOPPEMENT, sont constituées d’au moins sept personnes : professionnels du bâtiment et des travaux publics, association Renaissance, associations de personnes handicapées, maison départementale des personnes handicapées (MDPH), comité départemental des retraités et personnes âgées (Codérpa), représentant du préfet ; auxquelles s’ajoutent le plus souvent les opérateurs de l’habitat (Pact, Habitat et Développement) et les ergothérapeutes. Et nous y retrouvons aussi, selon les départements : des élus locaux et collectivités territoriales, des bailleurs sociaux ; des maîtres d’œuvre, le CAUE (Conseil d’architecture et d’urbanisme et de l’environnement), des associations de commerçants,…

Enfin, mais je ne vais pas être exhaustif, c’est que lorsqu’on est artisan Handibat on ne s’attaque pas au handicap, mais au confort de vie des personnes handicapées, âgées ou à mobilité réduite, sur la base d’un échange avec les personnes concernées. Il ne s’agit pas pour nous de faire des travaux à tout prix, mais de mettre notre savoir-faire au service de la chaîne du déplacement, d’adapter nos pratiques professionnelles pour aller vers le mieux et donner accès de tout à tous.

Le B.A. : L’accès à la marque Handibat est-il réservé aux seuls adhérents de votre organisation professionnelle ?

G.B. : Bien sûr que non, il est ouvert à tous les professionnels du bâtiment dès lors qu’ils sont en mesure :

– d’attester de la souscription de leurs assurances obligatoires (RC générale, RC décennale) ;

– de valider leurs connaissances à travers la réussite d’un questionnaire à choix multiples (QCM) ;

– de compléter et retourner un dossier complet (avec ou sans référence chantier) qui sera évalué par une Commission départementale de partenaires ;

– de s’engager à respecter la Charte déontologique Handibat ;

– de payer une redevance annuelle.

Le B.A. : En quoi consiste, cette Charte ?

G.B. : C’est une démarche déontologique qui  repose sur trois engagements – la compétence, le conseil, le service – et neuf exigences.

Le B.A. : Si toutefois un artisan échoue à son QCM, peut-il suivre une formation ?

G.D. : Effectivement les artisans du bâtiment qui veulent devenir Handibat ont à leur disposition différents modules de formation d’une journée qui les préparent à passer – et réussir – le QCM.  Au cours de ces formations, différents partenaires interviennent, en particulier des personnes handicapées, et les artisans sont mis eux-mêmes en situation de handicap. Et, croyez-moi, cela change bien des perspectives…

Le B.A. : La marque Handibat a-t-elle volonté à se développer sur tout le territoire ?

G.D. : Oui et même au-delà, le confort d’usage et la chaîne de déplacement n’ont aucune limite.

Le B.A. : Un mot pour conclure ?

G.D. : Pensez beau (Bâti Eco Accessible Universel), Soyez Handibat !

Propos recueillis par Pascal Gires